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Magazine : Elle - 09 Mai 2005


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UN NEZ AU SAHARA

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ELLE :  La chirurgie esthétique en Tunisie

L’ETONNANT BOOM DU TOURISME ESTHETIQUE
UN NEZ AU SAHARA
Il y a le sable, le soleil et un chirurgien… pour de plus de Françaises, chirurgien esthétique rime maintenant avec Tunisie : un voyage d’où l’on rapporte en souvenir un nez droit,un décolleté opulent ou un ventre plat. Reportage.

« walla, elle est belle, la gazelle…C’est ta fille ? Je t’en donne trois chameaux ! » .  « Que veux-tu que je fasse de tes chameaux ! Laisse tomber, va ! » Dans les petites rues survoltées de la médina de Tunis, slalomant entre les vendeurs de djellabas, Olga s’accroche au bras d’Anais. Elle se marre en voyant son relief dans une vitrine : « Avec mon voile, ils vont me prendre pour une islamiste ! «  Si Olga 62 ,ans, porte un foulard sur la tête de’ grosses lunettes de soleil et des vêtement amples, ce n’est pas seulement pour se protéger des trois gouttes de pluie qui tombent sur Tunis en ce mois d’avril : Il y a quelques jours , elle a subi un lifting, une liposuccion des cuisses et une abdominoplastie. De gros bleus sous  le menton et tout autour des yeux, elle trottine pourtant vaillamment. A ses côtés, Anais a moins de difficultés : cette grande et mince de 24 ans déambule dans le souk droite comme un « i », sanglée dans son soutien-gorge de maintien. Ravie de ses prothèses mammaires flambant neuves, enchantée par son séjour à 2 500 € tout compris(« alors qu’on France, sans les consultations pré et post-opératoires, ni le soutien-gorge, qui coûte quand même 90  € »), elle profite de sa dernière journée à Tunis. « Oui, c’est vrais qu’elle est belle, dit Olga en rembarrant un vendeur gentiment draguer. Mais fous-lui la paix ! »
Il y a deux jours, ces deux-la ne se connaissaient pas. Venues de France chacune de son coté, elles se sont rencontrées à l’hôtel, en sortant de la clinique. Ce soir, Anais repart pour sa Bretagne natale avec son nouveau décolleté, tandis  qu’Olga, tonitruante retraitée Lyonnaise, dînera  avec les filles fraîchement opérées. Cette blonde platine très coquette aura passé dix jours à Tunis et déboursé en tout 5 500 €. « Je voulais faire aussi le dessous des bras, mais ils m’ont dit halte-la !C’était  trop d’un. Et comme je reviens en septembre pour me faire remonter les seins, ils m’ont promis qu’ils me feraient les bras gratis ! Après, j’arrête. Je serai au trop. Pas la peine d’en faire trop ! »
Le « trop » est, ici plus qu’ailleurs, une  notion relative. Car, depuis un an, le tourisme esthétique explose : de plus en plus nombreuses, les Françaises viennent se faire arranger leurs petits et grands complexes. Avant, ce drôle de voyage était considérer comme trop risqué, trop compliqué. C’est une émission de télé sur TF1 qui a lancé la vogue :profitant de cette publicité tombée à pic, alors que le tourisme classique était au creux de  la vague et que les quelques cliniques privées modernes du pays étaient en quête de clients étrangères, des agences futées mais pas toutes fiables se sont spécialisées dans ce créneau porteur. Depuis, c’est le rush ;Une mode singulière, surfant sur la banalisation de la chirurgie esthétique, qui consiste à dire à ses amis que l’on part en vacances au soleil et à revenir avec le visage plus lisse, les seins plus hautes, le nez plus droit.
C’est la bouche-a-oreille qui a amené Olga à Tunis. Mais pour la plupart de ces nouveaux clients, tout se passe sur Internet. «  J’ai consulté trois chirurgien en France avant de partir, explique Caroline, 30 ans, superbe sosie de Monica Belluchi à la poitrine avantageuse. Mais je n’ai pas eu un bon contact. Je voulais un « lifting » des seins et une augmentation mammaire ? J’ai attendu six mois un rendez-vous avec un ponte, pour qu’il me dise : « Ce que vous voulez n’est pas possible ». Grâce à l’Internet, en un mois, c’était fait. Et le résultat est plutôt super, non ? » Très beaux seins, en effet. Mais qui n’expliquent pas comment, seule devant un écran d’ordinateur, on accorde à un inconnu au point de lui confier son corps pour une opération médical nécessitant une anesthésie générale ! « On  est beaucoup moins seule que face à un chirurgien débordé qu’on ne voit qu’une fois un quart d’heure avant l’opération, proteste caroline ; on peut prendre son temps, poser toutes les questions possible et inimaginables par mail ou par téléphone,et on a des réponses gentilles, attentives. On se sent très entourées, Plus qu’en France. »
Toutes les agences fonctionnent peu ou prou de la même manière : on envoie sa demande avec des photos et un muni dossier médical. A Tunis, le chirurgien examine la faisabilité de l’opération et propose un devis. Une fois d’accord sur les dates, roulez jeunesse ! « Les gens arrivent avec un bilan sanguin complet et nous faisons des examens complémentaires en cas de doute, assure le directeur d’une agence. On ne prend aucun risque à être sélectif. En repérant, par exemple, les clients qui viennent parce qu’on a refusé ailleurs de les opérer pour des raisons de santé…On ne demande pas d’acompte pour qu’il puissent changer d’avis jusqu’au dernier moment, mais aussi parce que cela nous laisse la possibilité de refuser un acte si besoin »
Une clinique tout confort dans la banlieue nord de Tunis. Débout depuis 4 heures du matin, deux Irlandaises, la mère et sa fille, arrivent de l’aéroport pour voir le chirurgien. « Je lui offre des seins, c’est mon cadeau pour ses 18 ans. Son frère a eu une voiture », explique la mère, institutrice, qui profite du voyage pour subir une liposuccion. Elle est très angoissée. Peur de l’opération, peur de la cicatrice, peur de tout. Pour ne rien arranger, elle ne parle pas un mot de français, n’avait jamais pris l’avion, jamais mis les pieds dans un pays du Sud. Paumée ? Et méfiante. Le chirurgien la rassure. Ensemble, ils se mettent d’accord sur la forme de la future cicatrice, tâtent les prothèses et en choisissent la taille. Et signent ensemble l’accord de « consentement éclairé mutuel », une décharge juridique indispensable avant toute opération, Le soir, la mère et la fille dormiront dans la même chambre à la clinique et seront opérées
Le lendemain matin. Justement, voila qui leur met du baume au cœur : dans les chambres qui donnent sur un petit couloir, c’est la bonne ambiance ? Les Françaises se retrouvent, sœurs de circonstance, apportent leur plateau-repas pour papoter,se montrent leurs cicatrices,évoquant sans fard leurs complexes.
La crainte des suites opératoires ne semble pas au programme. Pourtant, une fois à la maison, on se retrouvent seule avec ses pansements. Quand tout va bien , pas de problèmes. Mais sinon ? « On gère les petites complications -  inflammation de la cicatrice, œdème, hématome, douleures_-_par téléphone, parfois avec le médecin traitant habituel », explique tranquillement le directeur de la clinique. Avec les médecins français, c’est la grande débrouille, avant ou après l’opération. Quitte parfois à tricher avec le système. Anne- Marie, la quarantaine sportive, mère de quatre enfants, vient de se faire poser des prothèses mammaires. En cas de problème, elle sait pouvoir compter sur son généraliste. Et pour cause : non seulement il est au courant, mais il lui a prescrit en plus le bilan sanguin (pour qu’elle se fasse rembourser) et quinze jours d’arrêt de travail ! La Sécurité sociale française appréciera.
Dans les rares cas où une seconde opération est nécessaire, les agences promettent que tout sera gratuit, sauf le billet d’avion. Voila qui compte : l’argent, c’est la motivation principale. A part l’avion (environ 350 €) les packages malins sont généralement « tout compris » : opération, frais de clinique, anesthésie,médicaments,soins infirmiers, nuits dans un hôtel « 4 ou 5 étoiles », nourriture, transferts, massages relaxantes et, si on le souhaite, visite de Sidi-Bou-said…A 2500 € tout compris pour la pose de prothèses mammaires (entre 4000 et 8000 € en France pour la seule opération), 2700 € pour un lifting du bas du visage et 1700€ pour un nez refait,  c’est parfois jusqu’à 40 % moins cher que dans l’Hexagone. Pourquoi ? Parce que les chirurgiens gagnent moins sur une opération et que les frais de clinique sont moins élèves, comme les salaires des infirmières,par exemple (le SMIC est à 150 €). Sans oublier un taux de change qui est favorable à l’euro… « Bien sur, j’aurais préfère rester en France avec ma famille, avoue Magali, 33 ans,femme sans emploi d’un chauffeur de taxi, opérée la veille pour une abdominoplastie. Arrivée en Tunisie avec angoisse monstre, terrorisé à l’idée d’avoir affaire à des inconnus, elle a vomi tripes et boyaux jusqu’à son entrée dans le bloc opératoire. « A Paris, c’était beaucoup trop cher, je n’aurais jamais pu me le permettre ! Maintenant,j’essaie de voir les bon côtés de la situation : j’ai cinq enfants, là-bas, je serais rentrée à la maison avec ma cicatrice et ma fatigue… ici, je vais rester une semaine pour me reposer dans un hôtel. Finalement, c’est peut-être mieux. »
Si leur nombre est difficile à évaluer avec précision (environ 500 actes depuis un an, pour 300 000 en France) les exemples ne manquent pas. Il y a Marianne, venue pour  une « lipo » et «les paupières », tandis que son mari et ses enfants visitent la ville. Jacques, un gaillard père de trois enfants, qui a fait le voyage pour subir une abdominoplastie. Ce couple d’homos de Toulouse, dont l’un s’est offert les poches sous les yeux et une liposuccion. Marie-Annick, 60 ans, qui a fait une crise d’angoisse une fois seule à l’hôtel après son lifting et qui a terminé son séjour chez l’habitant. Sandrine , venue pour une « lipo » et les seins, qui « s’est laissé tenter » par la réparation de la myopie au laser et qui, du coup, est passée chez le coiffeur avant de rentrer chez elle, toute neuve.
            Botox (150 € l’injection, souvent 50% moins cher qu’en France), blanchiment des dents, épilation définitive au laser… l’offre n’en finit plus de s’étendre. Jusqu’ou ? « Tout le monde se rue sur le marché de l’esthétique, charlatans compris, explique-t-on dans une agence. Mais ceux qui pensent que cela va être un marché de masse se trompent. On ne vend pas un »nez » comme un trekking dans le désert ou une thalasso ! » Certains emploient des méthode marketing agressives et sans scrupules qui brouillent les pistes. Car, ici comme en France, les mauvais chirurgiens, les pas doués et les escrocs, existent. Comme celui qui s’improvise depuis quelques  mois agent touristique, prétendant pouvoir tout organiser de A à Z ! « Ce n’est pas sérieux : chacun son boulot, dit le directeur d’une clinique. Pour que ça marche, il faut réunir trois conditions : une bonne clinique, un bon chirurgien, une bonne agence de tourisme médical  ». Parfois, les promesses alléchants sont volontairement ambiguës :pour gagner la confiance des clients, certains sites laissent entendre qu’ils seront opérer par un chirurgien français. Impossible : il faut être inscrit au conseil de l’ordre, et on ne peut pas l’être dans deux pays à la fois ! Déjà,des médecins tunisiens ont été sanctionnés par leur conseil de l’ordre ou mis à l’amende pour cause de publicité illégale. Comment s’y retrouver ? Pour les clients potentiels, le choix est particulièrement délicat. Sur Internet, certains forums bruissent des mille et une rumeurs, pas toujours fondées …Reste à parler sur la fermeté des autorités tunisiennes, qui ont tout intérêt à contrôler ce marché au potentiel miraculeux, et sur le bouche-à-oreille : petit à petit, l’eldorado du bistouri se régularisera peut-être de lui-même.
Dîner dans un des hôtels tout confort où viennent se reposer les opérées après la clinique. La tablée est joyeuse. En guise d’apéritif, on croque du Di-antalvic (un antidouleur) et un antibiotique pour éviter les infections. Les filles aux seins tout neufs parlent lingerie, du dernier catalogue de Victoria’s Secret. Toute de noir vêtue, Olga a désobéi en retirant sa gaine (obligatoire après une « lipo » pendant un mois jour et nuit) : « J’avais envie de me faire belle ! » Isabelle est gênée. Cette grande blonde de 50 ans, assistante de direction dans un grand groupe français, que l’on imagine impeccable en toutes circonstances, a un gros plâtre sur le nez et du sang qui coule un peut de ses narines. « T’inquiète pas, lui dit Anne-Marie. Tu ne connais personnes ici, et on a toutes quelque chose : pendant que tu saignent, on se remonte nos prothèses !  »  Elles se marrent à l’avance en imaginant leur visite au souk le lendemain (« la balade des éclopées »).Comme dans n’importe quel du couple, la libido des hommes vieillissants, l’attrait pour les hommes plus jeunes que soi…Partageant sans chichis leurs petits bobos et leurs bleus à l’âme, trop heureuses d’être ensemble alors qu’elles s’attendaient à crever de solitude, ces filles sans autre point commun que la chirurgie esthétique parlent le même langage. A la fin du dîner, quant on lui rappelle qu’elle doit régler son voyage. Olga lance : « Quoi, avec tout ce qu’ils m’ont fait, il faut en plus que je paie ! » Hilare, le petit groupe se  gondole. Les unes se tiennes le nez, les autres les seins : rire tire fort sur les cicatrices.
                                                                                  DOROTEE WERNER 

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